LA PRESSE CANADIENNE
 

(LCF.ca) - La moitié de la saison approche déjà. LCF.ca a rencontré le directeur de l'arbitrage Tom Higgins pour faire le point.

 

LCF.ca: Tom, nous approchons le milieu de la saison 2010. Des équipes connaissent du succès, d’autres un peu moins. Et ton équipe, celle des officiels, est critiquée. Quelle est ton évaluation de leur travail?

Tom Higgins:
Je suis fier de nos officiels. Ils travaillent fort, ils étudient beaucoup et sont très professionnels. Ils font un travail difficile et ils s’en acquittent très, très bien. J’ai été entraîneur à tous les niveaux au football. J’ai remporté des Coupes Grey. J’ai entraîné en attaque et en défense. Maintenant, j’entraîne des officiels. Et la passion qui se dégage d’eux, chaque jour, n’a pas d’équivalent. Personne, et je dis bien personne, ne prend ça plus à cœur qu’eux.

LCF.ca: Pourtant, les entraîneurs, les joueurs et les amateurs les ont tous critiqués cette saison.

Tom Higgins:
Bienvenue au football. Ou dans le monde du sport. On s’attend à la perfection d’une seule équipe sur le terrain, ou la glace ou le court : c’est celle des officiels. Combien de voit vous allez voir une équipe de football commettre trois revirements, peu importe la ligue, puis blâmer la défaite sur les officiels? Comme je l’ai dit, nos officiels font un travail difficile et ils le font très, très bien. Je n’ai pas dit qu’ils sont parfaits. Aucune des équipes que j’ai dirigées n’a déjà joué un match parfait et j’inclus les officiels. Bien sûr, il y a des jeux qui sont ratés à l’occasion. Mais je vous dirai ceci : dans un match de football, il y aura de quatre à six revirements, plusieurs infractions de commises et plusieurs erreurs d’affectations des deux côtés du ballon – et probablement une ou deux décisions controversées. Je pourrais argumenter et dire que, lors de nombreux matchs, c’est la troisième équipe sur le terrain qui livre la meilleure performance sur le terrain.

LCF.ca : D’accord, mais un amateur dira que tu devais dire ça et soutenir les officiels. Après tout, tu es le patron. Mais il semble y avoir un consensus au sein des médias que les officiels doivent être plus constant, particulièrement quand vient le temps d’appeler l’obstruction sur le receveur. La constance semble être un mot très populaire dernièrement et l’obstruction sur le receveur semble incarner le problème.

Tom Higgins:
L’obstruction sur un receveur est l’appel le plus difficile à faire dans le football. Et, parfois, c’est aussi celui qui est le moins compris. Je vais vous donner un exemple. Le ballon est dans les airs et il y a contact entre le receveur et le demi défensif, mais il n’y a pas de mouchoir. Les partisans ne peuvent pas croire que l’officiel n’a pas vu le contact. Après tout, on voit à la reprise au ralenti que le contact est évident. Le fait est que l’officiel a fait appel à son jugement. Le demi défensif a-t-il initié le contact afin d’empêcher le receveur de capter le ballon? Il y a alors infraction. Est-ce que les joueurs sont entrés en contact alors qu’ils tentaient tous les deux d’aller au ballon? Pas d’infraction. Les gens voient du contact sur un jeu être pénalisé, mais pas sur un autre et cela est considéré comme un manque de constance. Honnêtement, selon le jeu, la décision de lancer ou pas le mouchoir est la bonne. Voici un autre exemple : une passe qui manque de force. Si le joueur tente de revenir vers le ballon et que le demi défensif l’en empêche parce que sa position est établie, il n’y a pas d’infraction. Sur un jeu du genre, le receveur va probablement se plaindre et les amateurs vont soupirer, mais la décision est la bonne.

LCF.ca: Donc, les critiques ont tort et les officiels ont toujours raison?

Tom Higgins:
Pas du tout. Il y a des erreurs. Un exemple qui me vient en tête s’est produit lors d’un match opposant Toronto à Edmonton il y a quelques semaines. Le receveur des Argos a été frappé au sol – nous ne l’avons pas vu – et la passe a été interceptée par Jason Goss. Je peux vous affirmer que dans la vaste majorité des cas, la bonne décision est prise. Nous évaluons les officiels sur chaque jeu. Chaque officiel est évalué sur absolument tous les jeux. Même les gars qui sont à 60 verges du jeu sont évalués à savoir si leur positionnement est adéquat. Le niveau d’analyse est tellement précis, je n’ai jamais vu une analyse aussi fine être appliquée aux joueurs dans une salle de visionnement, même au sein d’équipes qui ont remporté la Coupe Grey dirigée par d’excellents groupes d’entraîneurs. Donc, quand j’utilise l’expression la vaste majorité des cas, ce n’est pas de l’opinion. C’est le résultat d’une analyse rigoureuse des films des matchs, toutes les parties, chaque semaine, tout au long de la saison.

LCF.ca: Plusieurs amateurs continueront de remettre en doute votre analyse.

Tom Higgins:
J’aime nos amateurs. J’aime leur passion. Regardez, je n’aurais pas de travail dans ce grand sport – aucun de nous n’en aurait un – sans leur passion pour leur équipe. Et je comprends aussi la passion des entraîneurs et des joueurs. J’ai dirigé et j’ai joué dans cette ligue. Tu te bats et tu grattes dans les coins pour chaque victoire. Je sais que les amateurs, les entraîneurs et les joueurs vont saupoudrer leur perception des officiels et de leurs performances de cette passion. Mais, quand on fait le nécessaire pour retirer toute l’émotion de l’analyse et que l’on regarde le film, nos gars performent très bien. Ce n’est pas parfait, mais ils sont très bons.

LCF.ca: Je ne vois pas beaucoup d’entraîneurs dirent que les officiels sont mauvais. Ils disent simplement que les officiels appellent les pénalités de manière différente.

Tom Higgins:
Parfois, je blague en disant que, lorsque j’étais entraîneur dans la LCF, ma définition de constance dans l’appel des pénalités était quand la constance m’avantageait. C’est la nature d’un compétiteur et ce qui rend nos entraîneurs excellents, c’est ce feu qui brûle en eux. Je peux vous dire que nous travaillons très fort pour atteindre cette constance. On ne fait pas que revoir le film. On organise des sessions avec les équipes d’officiels entre les matchs, nous isolons des jeux et illustrons le standard que nous voulons atteindre. Cela dit, ça n’empêche pas les officiels de devoir utiliser leur jugement. Un autre exemple : il y a contact sur un receveur cinq verges après la ligne de mêlée, avant que le ballon soit lancé. Contact illégal sur le receveur? Pas nécessairement. Si le joueur défensif est en position établie et que le receveur entre en contact avec lui, il n’y a pas d’infraction. Donc, Arland Bruce change de direction rapidement et entre en contact avec le secondeur. Comme officiel, tu dois juger si le secondeur à une position établie ou s’il a modifié sa position avec l’intention d’empêcher Arland de suivre son tracé de passe. C’est semblable au basketball quand l’arbitre doit appeler une charge ou un bloc. Cette décision est considérée comme la plus dure à prendre au basketball. Sauf qu’au football, cette décision peut être prise loin du ballon, ce qui rend ça encore plus difficile.

LCF.ca: Bon, Tom, on va se dire les vraies affaires. Sur la majorité des jeux, si le demi défensif entre en contact avec le receveur pendant que le ballon est dans les airs, il y a obstruction. Ce n’est pas compliqué, non?

Tom Higgins:
Tu pourrais le croire. Mais sur plusieurs jeux, ce serait la mauvaise décision. Voici un autre exemple et il est excellent : un receveur et un demi défensif courent le long de la ligne de côté, le ballon est dans les airs et le joueur défensif fait trébucher le receveur. La décision? Bon, si les joueurs sont côte à côte et que le contact n’est pas intentionnel, il n’y a pas d’infraction. Si le demi défensif est derrière le receveur et que le contact n’est pas intentionnel, c’est ce que l’on décrit comme obstruction accidentelle sur le receveur. C’est une pénalité de 10 verges et un premier essai automatique. Évidemment, si le contact est volontaire, peu importe si les joueurs sont à égalité ou pas, il y a infraction. L’officiel doit donc déterminer instantanément si le contact était intentionnel, si les joueurs étaient côte à côte, tout en regardant le ballon pour pouvoir déterminer si la passe est captée pendant que deux des meilleurs athlètes au pays courent à pleine vitesse. Ce n’est pas facile et, croyez-moi, c’est pour cela que nos gars aiment ça. Ils aiment le sport et ils aiment le défi.

LCF.ca: Voici un autre commentaire de nos amateurs qui revient sur nos forums, Facebook et Twitter: si un entraîneur perd tout le temps, qu’un joueur commet des erreurs, il perdra son emploi. Mais il n’y a pas de répercussions pour les mauvais arbitres. Pourquoi? Est-ce que les officiels sont sujets à des mesures disciplinaires?

Tom Higgins:
Il y a beaucoup de mythes à propos de notre gestion des officiels. C’est peut-être de notre faute, parce que nous faisons ça silencieusement. Nous tentons de garder l’attention sur les joueurs, là où nous croyons qu’elle devrait être. En vérité, nous avons remercié des officiels et nous avons renvoyé plusieurs officiels dans les rangs universitaires pour qu’ils prennent plus d’expérience. Nous avons aussi nos dates de coupures. À l’approche de la fête du Travail, nous passons de six à cinq groupes d’officiels en fonction des évaluations. En approchant les éliminatoires, nous passons de cinq à quatre groupes, encore une fois selon le résultat des évaluations. Seulement les meilleurs officient les finales de l’Est et de l’Ouest. Et le meilleur groupe foule le terrain lors de la Coupe Grey. Nos officiels sont en compétition pour être de la Coupe Grey, tout comme nos équipes. Ils se soutiennent tous, mais ils sont aussi en compétition.

LCF.ca: Oui, d’accord, mais quand je regarde les matchs à la télévision, je sens qu’on parle plus souvent des officiels que par le passé.

Tom Higgins:
Je crois réellement que ça fait partie du sport, chaque année. Et c’est vrai pour tous les sports. Les entraîneurs sont sous pression pour gagner. Les joueurs sont sous pression pour performer. Les amateurs veulent que leurs équipes gagnent. Et les descripteurs et les analystes sont aussi sous pression afin d’avoir une opinion et prendre des décisions à la vitesse de l’éclair. Parfois, dans l’action, on se dépêche de juger et, nature humaine oblige, nous avons tendance à juger les officiels durement. Quand on les analyse calmement en regardant le film de tous les angles possibles, nos officiels ont raison la vaste majorité du temps. Vraiment. Tout le monde le sait : personne ne prend pour les officiels, sauf certains d’entre-nous au bureau de la LCF et peut-être les membres de leurs familles. J’aimerais simplement que les gens dans les médias résistent à l’empressement de juger, ou qu’ils soulignent les bonnes décisions aussi rapidement qu’ils ont tendance à parler des décisions controversées. Mais les officiels ne font pas se travail parce qu’ils aiment être adulés. Ils le font par amour pour le sport. C’est ce que j’aimerais que les amateurs apprécient un peu plus : nos gars aiment le sport autant qu’eux. C’est vraiment important pour eux.

LCF.ca: Si la critique des officiels fait partie du sport, pourquoi le bureau de la LCF est-il si sensible à ce sujet? Le Commissaire, en particulier, a mis des entraîneurs et des joueurs à l’amende pour avoir critiqué les officiels.

Tom Higgins:
Ça n’a rien à voir avec la protection des officiels. Croyez-moi, ils entendent des affaires bien pires de la part des partisans dans les gradins que ce qui est rapporté dans les journaux. Mais quand tu questionnes les officiels, tu questionnes notre sport. Et tout le monde – entraîneurs, joueurs et officiels – partage la responsabilité de respecter le sport comme il se doit. La vérité, c’est que nos officiels et notre ligue excellent. C’est une grande ligue et un grand sport. Je suis arrivé ici très jeune, après une carrière dans la NCAA et un passage positif dans la NFL et je suis béni d’avoir eu une longue carrière dans la LCF. J’ai vécu cette ligue d’à peu près tous les angles possibles. Je peux vous dire que les entraîneurs qui dirigent, les joueurs qui y jouent et les officiels méritent d’être traités avec respect parce qu’ils offrent à nos amateurs un très bon produit. Combien de choses passent le test du temps avec succès? La Coupe Grey sera présentée pour une 98e fois cette saison, à Edmonton, en novembre prochain. Ça veut dire quelque chose. Ceci est spécial.

À propos de Tom

Tom Higgins est le Directeur de l’Arbitrage de la LCF. Avant de se joindre à la Ligue canadienne de football, Higgins a passé plus de 25 ans à titre de joueur, d’entraîneur et de directeur du personnel.

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