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6 novembre 2017

Brouillette : Quand le réservoir n’est pas tout à fait vide

Liam Richards/Electric Umbrella

REGINA – Nous sommes samedi après-midi. Marc-Olivier Brouillette se prépare à disputer son dernier match de la saison en soirée. Mais ça ne l’empêche pas de nous accorder quelques minutes de son précieux temps pour converser.

Brouillette habite à Regina, mais, fidèle à ses racines, possède encore son indicatif dans le 514. Au bout du fil, on le sent plus reposé qu’à l’habitude. Très serein. Un air impavide palpable malgré la distance.

La discussion devait initialement porter sur l’édition 2017 des Roughriders de la Saskatchewan en prévision du début des éliminatoires. Mais celle-ci bifurque rapidement vers une autre avenue.

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Décision assumée

La saison 2017 dans la Ligue canadienne de football prend son envol. Les premières semaines passent.

À plusieurs reprises, le directeur général des Roughriders de la Saskatchewan, John Murphy, tente de convaincre Brouillette de revenir sur sa décision, lui qui a fait volteface à son équipe en prenant sa retraite quelques jours avant le début du camp.

Mais chaque fois Murphy se bute à la même réponse : non.

Un « non » incisif, assumé, catégorique.

« J’avais certaines craintes avant d’écouter mon premier match à la télévision, mais quand le moment est venu, ça s’est super bien passé », souligne le choix de troisième tour des Alouettes en 2010. « Je voyais les gars jouer et ça ne me dérangeait pas du tout. J’étais très serein avec ma décision. »

Et on peut le comprendre. Membre du barreau depuis 2014, Brouillette avait connu une fructueuse carrière dans le nid montréalais. En 103 matchs, le maraudeur avait effectué 195 plaqués, huit sacs et six interceptions.

« Je devais commencer à penser à la vie après le football, je voulais m’assurer que mes opportunités en droit allaient être encore là », raconte celui qui est père d’une jeune fille. « Je suis sorti du barreau en 2014, mais en ce qui a trait à l’expérience, j’étais à la même place que les derniers finissants. »

Mais une page est parfois si vite tournée…

Après de nombreuses tentatives, le directeur général des Roughriders, John Murphy, a finalement convaincu le maraudeur Marc-Olivier Brouillette de revenir au jeu en 2017 (Riderville.com)

Rechute

Le 11 août dernier, Brouillette effectue son retour sur le flanc de la montagne pour participer à la remise des bourses de la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec, alors que les Alouettes reçoivent la visite des Argonauts de Toronto.

Il profite alors de la période d’échauffement pour renouer avec de vieux frères d’armes.

« Le sentiment d’entendre la musique sur le terrain, de voir les gars se préparer; les émotions se sont emparées de mon corps. J’étais en veston cravate, mais si quelqu’un m’avait prêté un casque, j’aurais embarqué sur le terrain sans hésiter », indique-t-il en s’esclaffant.

Les effets de cette drogue qu’il connait si bien sont instantanés. Une injection directe.

Ses jambes commencent à fourmiller.

« Ç’a été le tournant », mentionne celui qui pratique alors le droit de la construction dans un petit cabinet montréalais depuis quelques mois. « C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à y penser sérieusement (d’effectuer un retour au jeu). Mais je voulais me donner quelques jours afin de voir si ce n’était pas un simple sentiment basé sur l’émotion du moment. »

Deux semaines plus tard, les fourmis sont plus persistantes que jamais. Les risques de rechute sont élevés.

Et ce qui devait arriver arriva.

Le 15 septembre, alors que les Riders sont en visite à Hamilton pour affronter les Tiger-Cats, c’est l’hécatombe au sein de l’équipe des prairies qui voit plusieurs de ses soldats tomber au combat.

Soudainement, au cours du quatrième quart, le téléphone de Brouillette vibre. C’est un certain John Murphy…

« Je suis sûr que tu écoutes le match en ce moment et, comme tu peux le voir, il y a pas mal de blessés. Est-ce que ça t’intéresserait de finir la saison avec nous? », lui écrit-il dans une énième tentative.

« Follow your heart, m’a alors dit ma femme. Et c’est ce que j’ai fait. »

Brouillette déposera les pieds en Saskatchewan deux jours plus tard.

Vent de nouveauté

Au cours de ses sept premières saisons dans la LCF, Brouillette n’a connu qu’un domicile, qu’un logo, qu’un numéro.

Et lui-même le reconnaît: troquer le bleu pour le vert et le 10 pour le 19 n’a pas été évident. Et ça lui cause encore certains problèmes aujourd’hui.

« C’est très différent, je ne te le cacherai pas. Encore aujourd’hui, quand je regarde l’alignement des unités spéciales dans le vestiaire, seuls les numéros des joueurs sont affichés. Ça arrive souvent que me trompe et que je cherche le numéro 10 », badine l’ancien quart-arrière des Carabins de l’Université de Montréal.

Celui-ci a d’ailleurs dû s’acclimater au marché unique de la Saskatchewan, où les partisans prêchent comme des disciples pour leur équipe locale.

« Le football en Saskatchewan, c’est comparable au Canadien à Montréal », image-t-il. « C’est une vraie religion. Le soutien des partisans est extraordinaire. Les gens t’arrêtent constamment dans la rue. »

Dans la capitale de la Saskatchewan depuis près de deux mois, Brouillette s’émerveille encore devant le nouveau domicile des Riders – le Mosaic Stadium –, inauguré cette année après un investissement public de 278 millions $.

« Les installations sont incroyables. Selon moi, c’est vraiment ça, du football professionnel. C’est une organisation qui est prête à investir tout ce qu’elle a pour le succès de son équipe et de ses joueurs. »

Dernier tour de piste?

Pressenti comme maraudeur partant chez les Roughriders avant d’accrocher temporairement ses crampons, Brouillette est cette fois-ci de retour dans un rôle de soutien, utilisé principalement sur les unités spéciales. Il effectue une rotation avec deux autres joueurs comme maraudeur, disputant environ le tiers des jeux défensifs de son équipe.

« C’est très différent. Encore aujourd’hui, quand je regarde l’alignement des unités spéciales dans le vestiaire, seuls les numéros des joueurs sont affichés. Ça arrive souvent que me trompe et que je cherche le numéro 10 » – Marc-Olivier Brouillette

En Saskatchewan, Brouillette a également retrouvé d’anciens coéquipiers en Kevin Glenn, Duron Carter et Jovon Johnson – pour ne nommer que ceux-là. Mais surtout, pour la première fois de sa carrière, il savoure chaque instant comme si c’était le dernier.

« Je n’ai pas encore pris de décision, mais je suis pas mal sûr que ça va être ma dernière saison, avance celui qui a été sélectionné au sein de l’équipe d’étoiles de la division Est en 2016. De savoir que c’est peut-être la fin, ça rend les choses plus faciles. »

« Si c’est la fin, eh bien je suis prêt pour ça », poursuit-il. « Je m’amuse pendant les entraînements, je passe du temps avec les gars, je me sens très léger. Je profite de chaque instant. »

Lorsque Brouillette décidera d’accrocher ses crampons pour de bon, il pourra quitter la tourbe la tête bien haute… et très serein.

Après avoir raté les éliminatoires au cours des deux dernières saisons, Brouillette est excité à l’idée de pouvoir jouer au football en novembre, alors que ses Roughriders (10-8) croiseront le fer avec le ROUGE et NOIR d’Ottawa (8-9-1) le dimanche 12 novembre prochain dans le cadre de la demi-finale de l’Est.