Khan a toujours savouré la chance d’éduquer ses coéquipiers

Ibrahim « Obby » Khan se souvient parfaitement d’un moment en particulier lors de sa saison comme recrue dans la LCF.

Il avait été le deuxième choix au total du repêchage de la LCF en 2004, un joueur de ligne offensive de l’Université Simon Fraser, évoluant pour les Renegades, l’équipe de sa ville natale. Il venait de prendre part au camp des recrues de l’équipe, et il passait la soirée avec des coéquipiers. Alors qu’ils apprenaient à se connaître, ceux-ci se sont rendu compte que Khan ne buvait pas.

« C’était par curiosité », se souvient Khan. « Ces gars-là ne voulaient pas savoir pourquoi j’étais différent, ou pourquoi je refusais de faire quelque chose. C’était par pure curiosité. »

Cette conversation allait être la première de plusieurs au cours de sa carrière de neuf saisons dans la LCF. Canadien d’origine pakistanaise de première génération, Khan était souvent le seul joueur indien au sein de son équipe. Il était aussi très souvent le seul musulman au sein de l’équipe.

« Quand je repense à ma dernière saison, à Calgary, c’était exactement la même situation dans le vestiaire », a-t-il dit, se rappelant devoir répondre aux questions de ses coéquipiers. Kevin Glenn, que Khan connaissait très bien à la suite de leur passage à Winnipeg, a entendu Khan se faire poser les mêmes questions à Calgary, et il était capable de répondre pour lui.

Partout où il mettait les pieds dans la LCF, on lui posait des questions sur sa religion et sur ses origines. En tant qu’entrepreneur fructueux de l’entreprise Shawarma Khan and Green Carrot, à Winnipeg, on lui pose encore ces questions. Et il se fait un plaisir d’y répondre.

« J’aime réellement ça, à 100 % », a-t-il dit.

« J’aime être une plateforme ou un véhicule pour partager, discuter et éduquer les autres à propos de ma religion et ma culture. Je crois que c’est fantastique. »

« Ça fait partie de moi, de ma personnalité. Si vous visitez mon restaurant, vous pourrez me voir à n’importe quel moment parler à mes clients à propos de n’importe quoi. Nous parlerons de football, nous parlerons de religion, nous parlons de service à la communauté, et nous parlerons de ce qui s’en vient. Nous parlons de mes moments préférés à battre Doug Brown (un ancien joueur de ligne défensive des Bombers). J’aime vraiment ça. Je suis très ouvert aux dialogues et aux discussions. C’est de cette manière que nous pouvons tous grandir ensemble.”

Quand Khan jouait, le dialogue s’amorçait régulièrement pendant le camp d’entraînement, qui avait souvent lieu pendant le ramadan. Khan jeunait alors du lever du soleil jusqu’à son coucher, et ses coéquipiers voyaient immédiatement les sacrifices qu’il était prêt à faire.

« Dans le vestiaire, c’était simplement de la curiosité à l’état pure. Qu’est-ce que l’Islam? Qu’est-ce qu’être Musulman? Qu’est-ce que le jeûne? Pourquoi ne buvons-nous pas? Pourquoi prions-nous cinq fois par jour? », a-t-il dit.

Peu importe la ville où il jouait, il a toujours trouvé ses coéquipiers curieux, mais très accueillant.

« La composition de la LCF est tout simplement géniale. C’est un heureux mélange, vraiment », a-t-il dit.

« Vous avez des Américains, des Canadiens et des Canadiens qui ont joué aux États-Unis. Vous avez des joueurs de toutes les positions, et aux parcours différents. »

« Quand je jouais dans la LCF, il y avait littéralement un groupe pour tout le monde qui aime n’importe quoi. Vous aimez les jeux vidéo? Il y a un groupe qui s’y intéresse. Vous êtes un joueur très religieux? Il y a un groupe pour ça. Vous aimez sortir et faire la fête? Il y a un groupe pour vous. Si vous aimez les films, il existe un groupe. Si vous préférez rester tranquille et ne rien faire… Il y avait tellement de personnalités différentes dans une équipe de football, et tout le monde était réuni et c’était vraiment une atmosphère unique dans la LCF. »

Il reconnaît que son point de vue est peut-être un peu biaisé, étant donné qu’il se distingue (« je mesure six pieds quatre pouces et je pèse 270 livres. J’ai perdu un peu de poids », plaisante-t-il) des autres. Mais alors que l’hostilité à l’égard des musulmans s’est accrue, Khan a déclaré qu’il pensait que le Canada, dans son ensemble, devenait plus compréhensif.

Il s’est joint aux Bombers en 2006 dans le cadre du repêchage de dispersion des Renegades d’Ottawa, et il a su en un an qu’il voulait rester à Winnipeg et en faire son chez-soi. Il a ouvert son premier restaurant, Shawarma Khan, en janvier 2013. Il possède maintenant deux succursales indépendantes à Winnipeg, ainsi qu’une succursale de 50 pieds tout près de la zone des buts sud du Investors Group Field.

Regarder la zone des buts et regarder les partisans des Bombers s’aligner devant son restaurant Shawarma semble boucler la boucle pour Khan. Les jours où il s’assoyait dans le vestiaire pour parler de lui sont maintenant chose du passé, mais il a réussi, à sa retraite comme joueur de football, à intégrer cette idée dans sa vie professionnelle.

« Je voulais offrir une cuisine du Moyen-Orient en Amérique du Nord. Je voulais l’américaniser et l’offrir à ceux qui n’avaient jamais goûté à un shawarma », a dit Khan.

« Des gens assistent à un match de la Ligue canadienne de football en mangeant un shawarma. Si ce n’est pas un exemple que la diversité est synonyme de force, je ne sais pas ce que c’est. »

D’après un article de Chris O’Leary publié sur le CFL.ca.