30 août 2019

Rodney Smith, la nouvelle vedette des Argos

Johany Jutras/CFL.ca

TORONTO – Rodney Smith est le genre de joueur que nous remarquons dans un groupe de receveurs, même si celui-ci ne fait qu’errer, lors d’un entraînement.

Lorsque vous mesurez six pieds et cinq pouces et que vous pesez 235 livres, ce sont des choses qui arriveront, surtout si vous vous tenez debout à côté de Jimmy Ralph, lui qui est cinq pieds et neuf pouces.

Lorsque Smith s’élance sur un terrain de football – nous avons pu le remarquer, lors de son meilleur match en carrière, la semaine dernière, contre les Alouettes —, nous pouvons également le remarquer, mais d’une autre façon. Et les Argos aimeraient bien le voir jouer de la sorte, chaque semaine.

Smith pourrait en remettre, cette semaine, alors que les Argonauts visiteront les Tiger-Cats, à Hamilton, lors de l’affrontement classique de la fête du Travail, lundi prochain.


 
Si le nom de Smith devient de plus en plus familier au sommet des statistiques des receveurs de la Ligue canadienne de football (LCF), ce sera pour de nombreuses raisons : son physique, cette chimie qui s’est développée avec un vieux camarade et le mentorat d’un des meilleurs receveurs de notre sport. Un receveur qui a dit à Smith, entre autres choses, de ne pas toujours être aussi rapide.

Tout cela, mais aussi simplement de la bonne vieille transmission d’histoires de football canadien, afin qu’il puisse s’y acclimater plus rapidement.

Lorsqu’un joueur commence à comprendre toutes les nuances qu’il faut maîtriser dans le football canadien de la LCF, il commence à être en mesure de déchiffrer les tracés, les jeux et à mieux anticiper les stratégies.

« Ç’a ralenti, pour moi », dit Smith. « Je comprends mieux comment jouer sur les terrains de la LCF. »

Lui qui en est à sa deuxième saison avec les Argos, le joueur natif de Miami croit qu’il est prêt à jouer un plus grand rôle dans l’attaque des siens. Et sa performance de 12 attrapés pour 136 verges, la semaine dernière, à Moncton, l’aura sûrement prouvé.

« Je suis très heureux de le voir évoluer », dit l’entraîneur-chef des Argos, Corey Chamblin. « Nous avons eu une conversation ensemble, en Floride, lors du mini-camp, à propos de ça, justement : franchir la prochaine étape dans sa carrière. Et je crois qu’il y est. »

Parmi ses 12 réceptions, lors du dernier match, vous vous souvenez sans doute de celle effectuée près de la zone des buts des Alouettes, alors qu’il ne restait que quelques secondes à faire au match. Cet attrapé a donné une chance de victoire aux Argos, qui se sont finalement inclinés par la marque de 28-22.

La semaine précédente, il s’est étendu de tout son long afin de réaliser un « catch » spectaculaire contre les Eskimos d’Edmonton. Avant ce match, il avait connu une rencontre de 50 verges et un touché, en six attrapés, alors que les Torontois avaient surpris les Bombers 28-27.

« Il est en train de devenir ce genre de joueur qui peut tout faire sur le terrain », dit le quart des Argos McLeod Bethel-Thompson. « Il est plus silencieux que les soi-disant vedettes, mais il amène beaucoup d’énergie. »

« Il a une incroyable éthique de travail, un physique imposant et il est capable de bloquer, également. De plus, il peut courir tous les tracés. En faisant cela, il élève le jeu de tout le monde. »

Lui qui a été un receveur éloigné tout au long de sa carrière, Smith a dû s’acclimater à la position de demi inséré. Et maintenant qu’il a pris son envol, il en profite bien. Cette transition s’est faite doucement grâce à l’un de ses coéquipiers.

Qui de mieux pour enseigner les rudiments de cette position que S.J. Green?

« Ç’a été toute une adaptation, moi qui arrivait de la NFL et qui devait s’adapter à la LCF », dit Smith, lui qui a vu de l’action lors de neuf matchs à sa première saison, captant 23 passes pour 257 verges de gains.

« S.J. me disait toujours de ne pas lâcher et de toujours travailler fort », poursuit-il. « Il me disait que ce n’était pas de la magie, qu’il fallait trimer dur. »

De plus, Green lui a enseigné quelques éléments techniques concernant les tracés de courses, ce qui lui a été très bénéfique.

« Une des choses qu’il m’a enseignées, c’est que je n’étais pas toujours obligé de jouer à pleine vitesse et à plein régime », dit Smith, lui qui avait l’habitude de tout faire très rapidement. « Tu peux doser ta vitesse, selon le jeu. »

« Dans la LCF, les changements de vitesse sont fréquents et possibles », explique-t-il. « Tu peux jouer avec ton premier élan et travailler sur différents tracés. »

L’enseignement semble porter ses fruits et le professeur est très satisfait.

« S.J. me dit souvent qu’il le voit. Il le voit que le jeu ralenti, de mon côté », dit Smith, qui mentionne au passage que Armanti Edwards aussi l’a beaucoup aidé. « Je continue d’y mettre du mien, chaque semaine.»

Le receveur des Argonauts de Toronto Rodney Smith a connu tout un match contre les Alouettes de Montréal, dimanche dernier, à Moncton (Shannon Vizniowski/CFL.ca).

Un des éléments sur lequel Smith n’a pas eu besoin de travailler a été sa relation avec Bethel-Thompson. Alors que ces deux athlètes ont emprunté des chemins différents, entre 2014 et 2017 – Smith a passé du temps à Cleveland, Dallas et Seattle, avant de se joindre aux Argos, pendant que Bethel-Thompson s’est arrêté à San Francisco, la Nouvelle-Angleterre, Miami, Philadelphie et Winnipeg —, ils se sont côtoyés durant un séjour avec les Vikings du Minnesota, en 2013.

Selon Bethel-Thompson, les deux s’accordaient à merveille, à l’époque.

« Nous étions formidables sur la formation d’entraînement », dit le quart-arrière, esquissant un sourire. «Nous avons fait beaucoup de grabuge. »

« Nous avons donné beaucoup de fil à retordre à la première unité défensive de notre équipe, à l’époque.»

Et ils se sont reconnectés, lors de la présaison, toujours en 2013, lors d’un match à Buffalo, alors que Smith a capté une passe de touché de 35 verges de la part de Bethel-Thompson.

« Nous nous faisons confiance », dit Smith, de son passé avec le quart des Argos. « Et nous tentons de bâtir là-dessus, chaque semaine. »

Ce processus de construction en est arrivé à un point culminant, lors de l’explosion de la semaine dernière, permettant à Smith de surpasser ses statistiques totales de la saison 2018.

Smith a travaillé fort, lors de cette défaite contre les Alouettes. Pour un moment, nous aurions pu croire qu’il était le seul sur le terrain pour les Argos. Mais après tout ce processus d’adaptation et ce dur labeur, Smith en voulait encore plus. Pas le temps de se sentir fatigué par trop d’utilisation sur le terrain.

« En tant que receveur, il ne faut jamais penser à ça », dit Smith, en riant. « Mais il est certain que d’être trop sollicité peut être essoufflant. Mais c’est notre travail. On s’habitue. »

Et du côté des Argonauts, ils sont de plus en plus habitués de voir ce receveur effectuer les jeux clés, lors d’une rencontre. Et des deux côtés – celui du joueur et de l’entraîneur-chef —, tout le monde sait qu’il y a de la place pour davantage de prouesses.

« C’est très excitant de le voir jouer et évoluer », dit Chamblin. « Et, imaginez, il n’est pas encore devenu le joueur que je crois qu’il peut être. »

D’après un article de Don Landry, paru sur CFL.ca