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104e Coupe Grey : La parfaite rédemption de Burris

TORONTO – La table était mise. Un match entre des favoris et des négligés, un match de rédemption, un match… Oh! Mais Henry Burris aurait pu ne pas y être.

Le quart-arrière du ROUGE et NOIR d’Ottawa prenait part à la séance d’échauffement avant le début du match de la 104e Coupe Grey. Une saison stressante, mais remplie d’accomplissements pour Burris venait de se terminer, lui qui était prêt à affronter son ancienne équipe. Il ne pouvait pas être plus prêt mentalement pour ce qui s’en venait. Mais son genou faisait des siennes.

Burris avait décrit cela comme une secousse, un « pop », en langage populaire. Ça aurait pu être le début de la fin pour lui, le dernier chapitre de sa carrière aurait pu prendre fin sur cette triste note.

« C’était sérieux. C’était une blessure à un cartilage. Si une personne en a déjà subi une, elle le sait », a dit Burris, en direct de son domicile, à Ottawa.

« Heureusement pour moi, ma blessure était située au dernier 10 % de l’extension de ma jambe. Chaque fois que j’étirerais ma jambe au complet, le personnel médical pouvait bloquer mon appareil orthopédique afin de protéger mon genou, que j’utilisais beaucoup lorsque je reculais avec le ballon, avant de décocher une passe. »

« Bien sûr, on m’a fait une injection de toradol (un anti-inflammatoire) au genou et honnêtement je ne sentais plus rien. Quelques-uns de mes coéquipiers m’ont accroché pendant le match et je ne sentais toujours rien. »

Henry Burris n’a pas laissé une blessure au genou l’empêcher de participer à la 104e Coupe Grey, son dernier match en carrière dans la LCF (Johany Jutras/CFL.ca).

Il donne tout le crédit à l’entraîneur de conditionnement physique et aux médecins de l’équipe, qui ont concocté un plan d’action afin de lui permettre de participer au match ultime. Burris savait que cette soirée-là, à Toronto, était son dernier match en carrière.

Le moment était trop important et le feu qui brulait à l’intérieur de Burris était trop fort pour qu’il ne saute pas sur le terrain.

Dans le cadre de la programmation spéciale de TSN, « CFL Encore », la chaîne sportive canadienne et diffuseur officiel de la LCF au Canada présentera le match de la 104e Coupe Grey à 19 h HE.

Nous avons joué 107 matchs de la Coupe Grey, jusqu’à maintenant, dans la Ligue canadienne de football (LCF). L’édition 2016 est, selon plusieurs, l’une des meilleures qui n’a jamais eu lieu. Malgré sa blessure au genou, Burris a joué le meilleur match de sa carrière. Il a réussi 35 de ses 46 tentatives de passes, pour des gains de 461 verges, trois touchés et une interception. Le ROUGE et NOIR était le négligé de ce duel, lui qui avait terminé la saison régulière avec une fiche perdante de 8-9-1. Ottawa affrontait une formation des Stamps qui avait terminé le calendrier régulier avec une impressionnante fiche de 15-2-1. Les deux pugilistes s’étaient affrontés deux fois au cours de la saison régulière et Calgary avait eu le dessus sur Ottawa. L’autre rencontre s’était soldée par un match nul. Mais Burris croyait qu’il était l’élément manquant dans l’équation de la victoire à venir de son équipe.

« Le seul dénominateur manquant était moi-même », a -t-il dit. « Je n’étais pas de ces deux parties. »

« La dernière fois que nous avions joué contre Calgary à Ottawa (en 2015), nous les avions battus et oui, ils nous avaient battus à Calgary, mais nous les avions eus chez nous. Cette Coupe Grey était donc la première fois que je jouais contre les Stamps depuis ce temps. »

« Il fallait que je me souvienne que j’étais encore le joueur par excellence de la LCF. »

Alors qu’il se remémorait toutes les péripéties de cette soirée mémorable, Burris s’est souvenu de la frustration qu’il avait ressentie, au cours de cette saison. Il avait remporté le titre de joueur par excellence de la LCF en 2015, mais le ROUGE et NOIR avait tout de même fait signer un contrat à Trevor Harris, au cours de l’hiver suivant. Harris avait été le substitut de Ricky Ray à Toronto et il avait prouvé qu’il était en mesure de mener l’attaque d’une formation de la LCF. Burris était le présent, mais le futur lui poussait dans le dos. Ça n’a certainement pas aidé la cause de Burris lorsqu’il s’est brisé l’auriculaire au cours de la semaine 1, en 2016 et que Harris avait bien joué en relève. Lorsque Burris est revenu au jeu, les victoires ne s’empilaient pas. Il a donc été laissé de côté avant de reprendre son poste de quart numéro un, peu après.

Le monde du sport oublie vite, surtout en ce qui concerne les athlètes en fin de carrière. Burris le savait très bien, mais lorsqu’il l’a réalisé, la frustration lui a monté au nez. Il a « pété sa coche » sur le plateau de TSN, en 2016, disant à ses futurs collègues de « se la fermer ».

Henry Burris a expliqué qu’il y avait tellement de partisans d’Ottawa dans les gradins du BMO Field de Toronto, qu’il avait rebaptisé le stade, la Place TD du Sud (LCF.ca).

« J’en étais à un point de ma carrière où j’en avais marre du battage médiatique », a dit Burris. « J’ai composé avec ça à Hamilton et je le vivais encore à Ottawa. »

« Je voulais simplement montrer à tout le monde que j’avais encore la passion de jouer, mais, malheureusement pour moi, j’ai subi une blessure à l’auriculaire. Je crois que lorsque je me suis cassé le doigt, je me suis transformé en vieux », a-t-il dit en riant.

« L’affaire avec ça, c’est que les gens prenaient une petite poussière comme celle-là et en faisaient tout un plat. Je me disais toujours qu’ils ne savaient pas de quoi ils parlaient. Je n’étais qu’un gars qui voulait continuer à jouer. Et je devais travailler d’arrache-pied pour y arriver. Je le démontrais toujours au cours des entraînements. »

« Je demeurais concentré sur la tâche à accomplir, je faisais attention de ne pas être égoïste et je voulais simplement être le meilleur possible. Pour moi, mais surtout pour mon équipe. »

Les caméras de TSN ont capté le moment, en prolongation, où le ROUGE et NOIR a scellé l’issue de la rencontre. Des lignes de côté, Burris n’en revenait pas que le match se termine de la sorte.

« C’était fou de voir toute l’émotion sortir de Rick Campbell lorsque le jeu de Calgary s’est terminé, pas de pénalité et tout… », a dit Burris.

« Il était quelqu’un qui était toujours dans l’ombre de son père. Il voulait écrire sa propre histoire et bâtir son propre héritage. De le voir exploser d’émotion comme ça, alors qu’il ne le faisait jamais d’habitude, ç’a vraiment raisonné en nous tous. »

Sa famille ainsi que ses amis étaient là et c’était parfait pour Burris. Ses garçons, Barron et Armond, étaient assez vieux pour apprécier ce que leur père venait d’accomplir.

« En plus de tout cela, la ville d’Ottawa a été sensationnelle », a-t-il dit.

« Une attente de 40 ans. Lorsque je suis sauté sur le terrain après la réparation de mon genou, je ne savais pas à quoi m’attendre de la foule. Mais le BMO Field était rempli de nos partisans. J’ai rebaptisé le stade, la Place TD du Sud, ce soir-là. »

« Nous étions bien représentés dans les gradins. Quarante ans d’attente… À attendre que la coupe Grey revienne à Ottawa. Avoir des partisans comme ceux-là, ça ne se mesure pas. Ça ne s’explique pas à quel point ils ont été importants ce soir-là. »

D’après un article de Chris O’Leary, paru sur CFL.ca