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27 septembre 2024

Un regard approfondi sur les logos aux racines autochtones des équipes de la LCF

Matt Smith/LCF.ca

TORONTO – Le jour, Chris Chipak est enseignant en cinquième année auprès d’enfants du centre-ville de Saskatoon qui ont des difficultés de comportement et d’apprentissage.

« Le plus beau sentiment, c’est de voir ces élèves en grande difficulté vous faire confiance et s’ouvrir à vous », dit Chipak. « C’est un travail vraiment gratifiant. »

En fin de semaine, Chipak vivra une expérience différente, mais tout aussi gratifiante, à la suite d’une invitation des Roughriders de la Saskatchewan.

Le club de la Ligue canadienne de football (LCF) a demandé à Chipak, qui a grandi au sein de la nation crie de Red Pheasant, de dessiner un logo autochtone pour lui.

« J’ai tout laissé tomber pour le faire », dit-il. « Je vais assurément profiter de cette occasion. »

Les Roughriders ont botté le ballon vers Chipak, qui a ensuite couru pour un touché. Le logo sera déployé aux yeux de tous, samedi, lorsque les Roughriders accueilleront le ROUGE et NOIR d’Ottawa au Mosaic Stadium.

En fin de semaine, toutes les équipes de la LCF arboreront des logos aux racines autochtones sur leurs casques pour commémorer la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

« Avant, il y avait des gens qui partaient en quête de vision et qui voyaient des choses », dit Chipak. « Ils savaient comment s’exprimer. »

« Je me sens comme un rêveur des temps modernes. »

Les Stampeders de Calgary sont en semaine de congé. Ils ont arboré leur logo commémoratif le 14 septembre contre les Alouettes de Montréal.

« C’est une question d’espoir », dit Chipak en parlant de voir des logos conçus par des autochtones pour toutes les équipes de la LCF. « Ce processus de guérison et de réconciliation est quelque chose que tout le monde doit ressentir. Ce ne sera jamais quelque chose qu’on vous racontera. C’est quelque chose que tout le monde doit ressentir. »

« Et je pense que la réconciliation peut se faire par l’art visuel, par la narration et par les liens tissés. »

Inspiré du drapeau du Traité n° 4, le logo des Roughriders intègre des symboles tels que le bison, le soleil et la ligne d’horizon en forme de ruban.

« Je décrirais cela comme une réconciliation pour les Prairies », dit-il. « Je voulais vraiment mettre en valeur le territoire et montrer que nous y habitons tous, et que le soleil nous éclaire tous de la même façon. »

Né à Meadow Lake, en Saskatchewan, Chipak a déménagé dans la nation crie de Red Pheasant à l’âge de 3 ans. Très jeune, il se souvient avoir constaté qu’il ne ressemblait pas vraiment aux autres enfants qui vivaient à proximité.

« Ma mère a les yeux bleus et la peau blanche », dit-il. « Mes deux sœurs aînées sont des demi-sœurs. Elles ont un père différent, mais elles ont l’air très autochtones comparées à moi. Et mon père biologique, que je n’ai jamais connu, était originaire de Beauval, tout au nord. Il n’était pas présent dans ma vie. »

« Mon beau-père et ma mère m’ont donc élevée du mieux qu’ils ont pu, et il y a eu un moment où je n’étais pas acceptée parce que j’avais la peau plus claire. »

Une fois que les gens ont appris l’origine de Chipak, ils l’ont accepté comme l’un des leurs.

Tout au long de sa vie, Chipak a aimé se plonger dans l’art, dans sa plus simple expression.

« Les livres de coloriage étaient mon échappatoire quand j’étais jeune », dit-il. « J’en suis arrivé au point où je coloriais une image que j’aimais dans un livre de coloriage, puis j’avais envie de la redessiner, mais en changeant le bras ou en ajoutant un chapeau. Je me suis alors retrouvé à la redessiner pour la colorier à nouveau, et mes dessins étaient plutôt réussis. »

Des logos d’équipes de la Ligue canadienne de football s’affichaient sous forme de grille sur un fond texturé.

Du moins, c’est ce qu’il pensait jusqu’à ce qu’il suive des cours d’art à l’Université de la Saskatchewan.

« On m’a dit que ce que je faisais était totalement incorrect », dit-il. « Quand on dessine, on est censé partir du centre, puis aller vers l’extérieur, puis commencer par l’extérieur, puis vers l’intérieur. »

« L’art a été mon échappatoire à l’université. Ç’a été très difficile pour moi de passer d’une petite école communautaire avec 12 élèves à des classes qui en comptent 300. »

Après avoir obtenu son diplôme en éducation, Chipak a dû faire un choix difficile : rester à Saskatoon ou retourner à ses racines et enseigner dans une Première Nation.

« Beaucoup de ces enfants et de ces jeunes vivent dans la réserve. Ils ont des communautés fortes », dit-il. « Ils ont de la famille. Ils ont des amis. Ils sont partout autour d’eux. »

« Mais si l’on pense aux jeunes autochtones des quartiers défavorisés, ils ont leur maison. Et si leur maison est en désordre, ils ont les parcs et peuvent se promener en ville. Je pense donc que rester en ville était la bonne décision. »

Certains élèves de Chipak sont des partisans inconditionnels des Roughriders. D’autres non. Mais Chipak espère que cette fin de semaine, quelle que soit leur allégeance à l’équipe, les jeunes de la Saskatchewan se mobiliseront et entreverront un avenir meilleur grâce aux merveilles de l’art visuel.

« Je tiens vraiment à dédier cette œuvre aux jeunes qui ont la tête dans leur téléphone ainsi qu’à ceux qui sont loin de ce que nous considérons comme le présent », dit-il. « J’espère que grâce à cette œuvre, ils pourront tisser des liens et comprendre la chance que nous avons d’avoir notre terre. »

Après tout, la Saskatchewan est le pays des cieux vivants.

« On peut regarder dehors et voir les roses, les oranges, les violets, les couleurs », dit-il. « On peut être assis dehors par plus de 28 degrés et il pleut sur nous ce soir-là. »

« Nous avons tellement de chance sur cette terre. »

***

Kyle Joedicke chérit les souvenirs des matchs des Tiger-Cats de Hamilton à la télévision avec son grand-père John, qui travaillait comme mécanicien à l’usine Proctor & Gamble de Hamilton.

Joedicke, un Cayuga des Six Nations de la rivière Grand, clan de la Tortue, confie qu’il est surréaliste d’être l’artiste à l’origine du logo autochtone de l’équipe que son grand-père aimait tant.

« J’espère que cela inspirera les jeunes », déclare Joedicke. « Parce qu’il arrive souvent que nous ne nous sentions pas inclus dans ce genre d’institutions, que ce soit dans le domaine de la santé, de l’enseignement postsecondaire ou du sport de haut niveau comme celui-ci. »

« Historiquement, beaucoup de mascottes et de logos d’équipes de football, tant aux États-Unis qu’au Canada, n’étaient pas respectueux envers les peuples autochtones, ou constituaient tout simplement des insultes raciales flagrantes », explique Joedicke. « Alors, s’éloigner de ces pratiques de manière authentique, en essayant de renforcer les relations communautaires et de réparer les erreurs commises par le passé, est, à mon avis, la meilleure façon pour cette ligue d’aller de l’avant. »

D’après une chronique de Vicki Hall publiée sur CFL.ca.