La Presse Canadienne
MONTRÉAL – On dit souvent que ce n’est jamais terminé tant que les confettis ne sont pas tombés dans Ligue canadienne de football (LCF). Le match d’hier, entre les Roughriders de la Saskatchewan et les Alouettes de Montréal lors de la 112e Coupe Grey, en a été une belle démonstration.
Les Alouettes y ont cru jusqu’au bout!
Malgré un déficit de 18 points (25-7) tard au troisième quart, le quart-arrière Davis Alexander et sa bande n’ont jamais abandonné. Cependant, ils auraient eu besoin d’un petit 30 secondes de plus pour compléter leur séquence finale et tenter d’égaler le pointage avec un touché converti pour deux points.
Chapeau aux Roughriders; ils ont mérité de soulever la coupe Grey dimanche soir. Dans une province, la Saskatchewan, où le football canadien est une religion, et où on n’avait pas été titré depuis 12 ans, on peut s’attendre à ce que la fête dure toute la semaine. Mes attentes sont élevées pour la parade dans les rues de Regina!
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Pourtant, Montréal a eu ses chances dans ce match. Malgré un Davis Alexander éclopé, un Austin Mack amoché et toutes sortes d’ennuis, le match s’est joué, en fin de compte, sur deux ou trois jeux qui ont fait la différence.
Le premier, c’est l’interception ratée par le demi défensif Kabion Ento au tout début du match. S’il attrapait le relais dans le flan du quart-arrière des Roughriders Trevor Harris, il filait fin seul vers la zone des buts avec un touché. Les Alouettes ont été victimes de quatre revirements dans le match et n’ont pas été en mesure d’en provoquer un seul. Déjà là, à la base, ce sont des conditions perdantes. Gagner un match de football dans lequel tu accordes quatre revirements de plus que tu en as provoqué, ce n’est pas viable.
Impossible de parler de cette rencontre sans faire mention de l’échappé du quart-arrière Shea Patterson à la porte des buts. Le moment où des milliers de cœurs se sont brisés au Québec. Il n’y a pas 1001 façons d’expliquer ou de justifier ce qui s’est passé. Une faufilade du quart sera réussie neuf fois sur dix, et Patterson a très bien fait dans ces situations cette saison. Au pire moment possible, il a commis une erreur impardonnable.
Et pourtant! Il serait faux d’affirmer que le match s’est terminé là. Les Alouettes ont récupéré le ballon à leur ligne de 23 avec 57 secondes à jouer. Ils ont eu une dernière opportunité d’aller égaler la marque et ont échoué. Sur cette séquence, on a vu Alexander aggraver sa blessure aux ischiojambiers et tenter de se débrouiller sur une seule jambe. Malheureusement, la séquence n’a pas eu le dénouement souhaité par les Montréalais.
En entrevue après le match, Alexander a pris le blâme de la défaite. Il a dit ne pas avoir été assez bon pour aider son équipe à aller chercher la victoire. Malgré la blessure, il voulait prouver au Canada au complet (et à lui-même) qu’il était un passeur élite depuis la pochette, ce qu’il n’a pas été dans le match. Intercepté à trois reprises, c’est un quart-arrière les yeux pleins d’eau qui s’est livré à mon collègue Didier Orméjuste après le match. Pour la première fois en tant que quart-arrière partant, Davis a goûté à la défaite. Il reviendra plus fort (et, espérons-le, en santé) l’an prochain.
De l’autre côté, Trevor Harris a été impeccable. À 39 ans, c’était peut-être sa dernière occasion de soulever la coupe Grey en tant que quart-arrière partant. Son héritage était jusque-là limité : un passeur élite sur plus d’une décennie qui accroche ses crampons sans avoir mené son équipe à la conquête du gros trophée? Harris n’a jamais été satisfait de cet énoncé.
J’ose croire qu’il n’aimait pas non plus être étiqueté comme un joueur qui ne se présente pas lors des grands moments. Quoi que l’on dise ou fasse, il s’est présenté dimanche soir, complétant 23 de ses 27 passes et n’étant victime d’aucun revirement en plus de rafler les honneurs de joueur par excellence de la partie. Ses deux principaux complices auront été le Québécois Samuel Emilus (10 réceptions sur 10 cibles, 108 verges de gains) et le demi offensif A.J. Ouellette, qui était tout simplement un train inarrêtable.
Chapeau à la ligne à l’attaque des Roughriders, qui a ouvert des autoroutes pour Ouellette et qui a permis à Harris de terminer le match sans la moindre égratignure.
La saison de la LCF est un marathon de 24 semaines. Difficile de s’en sortir sans blessure. Les Alouettes ont montré énormément de résilience cet été. Se débrouiller sans son quart-arrière partant pendant 10 matchs et se relever d’une séquence de cinq défaites, ce n’est pas facile. Combien d’équipes se seraient écroulées en pareilles circonstances? L’entraîneur-chef Jason Maas a été de glace toute l’année, il n’a jamais laissé son équipe perdre de vue la « quest for 9 » (la quête vers la neuvième coupe Grey de l’histoire des Alouettes).
Ce noyau est uni et je ne serais pas surpris de voir les principaux morceaux tous être de retour l’an prochain pour relancer la machine.
