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10 décembre 2025

Le Québécois Luc Brodeur-Jourdain quitte les Alouettes… pour le moment

Kevin Sousa/LCF.ca

MONTRÉAL – Quand les Alouettes de Montréal amorceront leur camp d’entraînement à Saint-Jérôme en mai prochain, ce sera la première fois en 18 ans que le nom de Luc Brodeur-Jourdain n’apparaîtra nulle part sur les fiches ou le site internet de l’équipe.

Celui qui a participé à son premier camp comme joueur de ligne en 2008 avant de connaître une brillante carrière de 11 saisons sur le terrain et de poursuivre comme instructeur de la ligne à l’attaque a annoncé mercredi qu’il quittait les Oiseaux, la conciliation travail-famille étant devenue trop éprouvante.

«C’est le contrecoup que vivent tous les entraîneurs, tous les joueurs, tous les gens au sein de l’organisation et probablement tous les membres des médias qui nous suivent tout au long de la saison», a déclaré Brodeur-Jourdain au cours d’un point de presse chargé d’émotion, au Stade olympique.

«C’est tellement demandant, tellement prenant pour la famille et mes enfants, ma femme, ont eu des étés avec un père absent. J’aimerais bien leur offrir quelques années avec un père présent», a-t-il poursuivi.

Il ajoutera plus tard que les sacrifices d’une carrière d’entraîneur, c’est davantage la famille qui les fait.

«Je crois que j’ai tout donné (à cette organisation). La vocation d’entraîneur amenait une dynamique de vie qui n’était pas celle que je voulais, mais je sentais que mon aide était nécessaire à la fin de ma carrière de joueur. (…) Après ces six années comme entraîneur, il est temps pour moi de tourner la page et de voler de mes propres ailes», a résumé le colosse.

Longue réflexion

Cette nouvelle n’a pas surpris grand monde.

Un peu tout le monde savait dans l’entourage des Alouettes que Brodeur-Jourdain planifiait une année à la fois son implication avec les Oiseaux. Après la dernière campagne, en discutant avec sa conjointe et pesé le pour et le contre, il a décidé que le temps était venu de quitter, estimant qu’il s’agissait aussi d’un fardeau pour l’organisation de devoir attendre chaque année le fruit de ses réflexions.

Il a contacté le directeur général Danny Maciocia la semaine dernière pour lui confirmer sa décision.

«On s’est parlé pendant quelques minutes au téléphone la semaine passée. Un appel difficile, je dirais. Je ne me rappelle pas si on s’est salué à la fin, car ni un ni l’autre ne disait grand-chose à la fin, a partagé Maciocia. C’était un appel très émotif. Tout le monde au sein de l’organisation appréciait énormément Luc. Dans ce métier, il y a des gens qui sont des ‘coachs’ et d’autres qui aiment se faire appeler ‘coach’. LBJ, c’est un vrai ‘coach’.

«Comme D.G., il m’a facilité la vie, car c’était plus facile de mettre des joueurs de ligne sous contrat, parce que c’était lui l’entraîneur», a-t-il expliqué.

Un gagnant dès son arrivée

Brodeur-Jourdain, qui est aujourd’hui âgé de 42 ans, a d’abord disputé 11 saisons avec les Alouettes, de 2009 à 2019, après avoir été le tout dernier joueur repêché lors de la séance de 2008.

Pendant cette période, il a disputé 168 matchs, dont 126 en tant que partant. Dès son arrivée, l’équipe, alors menée par Anthony Calvillo, connaît beaucoup de succès et il remporte, ce qu’il ignorait à l’époque, ses deux seules coupes Grey comme joueur, en 2009 et 2010.

En 2015, il a été élu le joueur canadien par excellence des Alouettes, alors qu’en 2013, il a été voté le joueur de ligne par excellence de la formation montréalaise. En 2012 et en 2014, Brodeur-Jourdain a été élu sur l’équipe d’étoiles de la section Est. En 2012, il a aussi été choisi sur l’équipe d’étoiles de la LCF.

Le Québécois a aussi remporté le trophée des anciens combattants Jake-Gaudaur en 2017. Cet honneur est décerné chaque année depuis 2010 à un joueur canadien de la LCF qui affiche le mieux les attributs dont les vétérans ont fait preuve en temps de guerre, de conflit et de paix, soit la force, la persévérance, le courage, la camaraderie et l’implication communautaire.

Après les années fastes, Brodeur-Jourdain a aussi connu les années très sombres des Alouettes et le 4 juillet 2019, il a annoncé sa retraite sportive. Quelques jours plus tard, il a rejoint le personnel des Alouettes en tant qu’entraîneur adjoint de la ligne à l’attaque, avant d’être promu comme instructeur de la ligne offensive, un poste qu’il a occupé jusqu’à la conclusion de la dernière saison.

Le sympathique géant, qui est originaire de Saint-Hyacinthe, quitte ainsi l’organisation avec trois coupes Grey à son actif, après celle remportée en 2023.

Lui dont la maîtrise en administration des affaires est presque complétée — il a entrepris les démarches pour y parvenir auprès de l’Université Laval, son alma mater — a la fibre entrepreneuriale, venant d’une famille d’antiquaires. Il souhaite faire ses classes avant d’un jour revenir au sein de la seule organisation qui occupe pour l’instant son c.v.

«Je vais être extrêmement transparent sur le sujet: ça fait partie de mes ambitions de vie, a-t-il admis. Mais la journée où ça va se produire, je dois me sentir fort, qualifié, et être en mesure d’apporter une énergie qui va pousser l’organisation vers le haut. Je ne le ferai pas par statut ou ambition personnelle. Si je reviens au sein de l’administration des Alouettes, je veux être en mesure de performer.»

Évidemment très ému, ‘LBJ’ a tenu à souligner que ce n’était pas parce qu’il était triste de quitter.

«C’est probablement de la reconnaissance, a-t-il expliqué. Je suis reconnaissant envers l’organisation, envers Danny, envers M. (Pierre) Péladeau, envers Jason Maas, les joueurs, les partisans et les membres des médias. Tout l’amour que j’ai reçu durant autant d’années… Quand tu fais partie de l’industrie du spectacle, tu reçois tellement, mais tu n’es pas capable de redonner autant.»