James Hajjar/Université de Montréal
MONTRÉAL – Imaginez la scène. Sur les berges du lac Gilman, à Chibougamau, trois jeunes frères de parents congolais parcourent des tracés et travaillent sur leurs habiletés dans le sable. Se poussant les uns les autres à se surpasser, ils rêvent les trois d’un jour jouer sur les plus grandes scènes.
C’était la réalité des frères Muganda, une famille de Québec au parcours des plus inédits. Iraghi, le cadet du groupe, se prépare aujourd’hui à participer au camp d’évaluation sur évaluation de la Ligue canadienne de football (LCF) dans l’espoir de faire un pas de plus vers son rêve de jeunesse.
Je me suis entretenu avec le receveur des Carabins de l’Université de Montréal à quelques semaines du jour J, le 6 mars, à Waterloo.
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« Je suis né à Québec, j’ai fait ma maternelle là-bas. Après, ma famille et moi sommes déménagés à Mistissini, proche de la Baie James, quand mon père a eu un emploi là-bas. J’ai fait mon primaire à Chibougamau, qui est juste à côté. »
Le troisième de quatre frères, c’est en regardant son ainé, Gloire, que le jeune Iraghi a été initier au football.
« Mon premier contact avec le football, c’est mon grand frère qui jouait à la polyvalente de La Porte-du-Nord, à Chibougamau. C’était un peu une vedette dans la ville », se remémore Muganda. « C’est comme ça que j’ai vraiment appris à aimer le football, en regardant ses exploits durant les matchs. »
C’est en sixième année que Muganda a enfilé des épaulières pour la première fois. Grâce à un programme des Gee Gees de l’Université d’Ottawa, certains de leurs joueurs voyageaient dans la région pour donner des camps de football aux communautés Cris.
Au passage, il souligne à quel point il a apprécié ces années passées dans le nord du Québec, et l’accueil chaleureux que sa famille a reçu.
« Les communautés autochtones sont vraiment soudées », explique-t-il. « La famille, c’est très important, et on sentait un sentiment familial au sein de la communauté. On s’est bien intégré; on mangeait leur nourriture, on parlait leur langue. Ce sont de très bons souvenirs. »
Dès sa première séance d’entrainement en sixième année, Muganda a su qu’il voulait aller loin dans le football.
« Quand j’entame un projet, j’aime aller jusqu’au bout et voir où je suis capable de me rendre. Même avant que je joue, Gloire m’entrainait à la plage à Chibougamau. Dès la première fois où j’ai touché un ballon, je savais que je devais prendre ça au sérieux. »
Il faut dire que Muganda avait de bons modèles devant lui. En plus de Gloire, son frère Kalenga excellait aussi au football. Plus tard, Gloire a porté l’uniforme des Stingers de l’Université Concordia, tandis que Kalenga s’est aligné avec le Rouge et Or de l’Université Laval.
Pour Iraghi, ce succès familial relevait plus d’un privilège pour lui que d’une pression additionnelle.
« C’était vraiment de la motivation, j’ai toujours vu mes frères travailler fort. Ils m’ont appris la gestion du temps et du travail. Ce sont des gars qui mettent le petit extra pour être meilleurs. »
Les Muganda sont retournés dans la région de Québec à la fin du parcours primaire d’Iragha, et ce dernier à eu la chance de jouer avec son frère Kalenga pour la Blizzard du Séminaire Saint-François. Les deux ont fait la pluie et le beau temps au niveau juvénile, remportant le Bol d’Or en 2017.
Au cégep, Muganda a choisi de se joindre au Campus Notre-Dame-de-Foy, et c’est à ce moment qu’il a été permuter au poste de receveur, lui qui avait été demi offensif et défensif par le passé.
« Ç’a m’a aidé de voir les deux côtés du ballon. En jouant en attaque, tu commences à mieux comprendre les concepts et la mentalité derrière les schémas défensifs. »

James Hajjar/Université de Montréal
Muganda a eu l’embarras du choix quand est venu le temps de choisir où il allait disputer sa carrière universitaire, puisqu’en plus des Carabins, le Rouge et Or était aussi intéressé par ses services.
« On est allé voir un match Laval-Montréal au CEPSUM. L’atmosphère… on avait l’impression qu’il y avait un party sur le terrain. La fraternité qu’on ressentait à Montréal était juste différente. »
Il s’est donc joint aux Carabins en 2022, récoltant huit réceptions pour 150 verges lors de sa première saison. En 2023, il a été victime d’une blessure qui lui a fait rater l’entièreté de la saison régulière, mais il a été en mesure de revenir au jeu pour les éliminatoires, ce qui lui a permis de disputer la Coupe Vanier cette année-là, qui a été remportée par Montréal.
« Je revenais de ma blessure et j’ai réussi à inscrire le premier touché du match. Ç’a été un énorme relâchement. Au niveau émotif, c’est mon plus grand match, avec tout le travail acharné derrière, les déceptions et les réussites. »
Muganda a par la suite accumulé un total de 30 réceptions pour 262 lors des saisons 2024 et 2025, la dernière se culminant aussi par une victoire des Carabins à la Coupe Vanier.
« Être la première cohorte aux Carabins à remporter deux Coupes Vanier, ça laisse notre marque dans l’histoire. »
Avec le camp d’évaluation sur invitation maintenant dans sa mire, Muganda désire profiter de cette journée pour montrer quel type de joueur il est aux têtes pensantes de la LCF.
« Je suis un gars ultra compétitif; j’aime ça toucher au ballon. C’est dans ces moments-là que je me démarque le plus, avec mon passé de demi offensif, je sais comment bien déjouer une défense, comment faire bouger le joueur défensif. Je crois que c’est une de mes forces », résume-t-il.
À Waterloo, les 80 joueurs présents se battront pour recevoir une invitation pour le camp d’évaluation de la LCF, présenté par Anytime Fitness, qui se tiendra des 24 au 27 mars prochain, à Edmonton. Ceux qui n’obtiendront pas un billet pour Edmonton pourront, avec une bonne performance le 6 mars, tout de même espérer être sélectionnés lors du repêchage de la LCF du 28 avril prochain, ou recevoir l’appel d’un des neuf clubs du circuit d’ici l’ouverture des camps d’entrainement.
