Carabins de l'Université de Montréal
MONTRÉAL – L’histoire de l’enfant prodige qui attirait les foules dès son plus jeune âge n’est pas celle de Charles-Elliot Bouliane.
Quand son père l’a initié au football à six ans, celui qui est aujourd’hui secondeur chez les Carabins de l’Université de Montréal était, de son propre aveu, « un petit enfant qui voulait juste niaiser et jouer à Minecraft. »
C’est à la dure que Bouliane a atteint les portes du football professionnel, en apprenant plusieurs leçons de patience et d’humilité en chemin.
LIENS CONNEXES
» Repêchage : Alassane Diouf au coeur de la culture gagnante des Carabins
» L’instinct, un atout de taille pour Louis-Philippe Gauthier
» Christian Veilleux : Le parcours inégal d’un prodige
» Repêchage : Le Montréalais Meiga possède la vitesse de l’emploi
» Malgré vents et marées, Nick Cenacle frappe aux portes de la LCF
» Plus de nouvelles de la Ligue canadienne de football (LCF)
« J’étais le botteur », s’est-il remémoré en entrevue avec LCF.ca « Je n’étais pas assez bon pour jouer aux autres positions, donc ils m’ont utilité comme botteur! »
C’est avec les Barons de Saint-Bruno-de-Montarville que Bouliane a fait ses classes au football. Il explique que c’est une poussée de croissance au début de l’adolescence qui lui a permis de finalement éprouver du plaisir et d’exceller.
À cette époque, il a jonglé avec la possibilité d’aller jouer au football scolaire, réputé pour être le tremplin idéal pour le football collégial, mais son entraineur-chef avec les Barons l’a convaincu de poursuivre dans la voie du football civil.
« On avait tellement une belle famille aux Barons. J’avais le même entraineur depuis que j’avais six ans. Il s’appelle Jean-Marc Schanzenbach; c’était un policier du SPVM. Il donnait son temps chaque soir pour nous entrainer et nous développer en tant que personne. Je l’ai vu récemment, et il m’a souhaité bonne chance. »
Au cégep, il a reçu de l’intérêt de plusieurs clubs de division 1, choisissant de poursuivre son parcours avec le Collège Angré-Grasset. Là-bas, son chemin a croisé celui de Tony Iadeluca, l’entraineur-chef de l’équipe. Si ce nom vous semble familier, c’est qu’il est le frère de Marco, entraineur-chef des Carabins. Quand est venu le temps de faire le saut à l’université, Bouliane explique que cette connexion familiale a pesé dans la balance.
« À un moment donné, je voulais aller à Sherbrooke et je l’avais dit à tout le monde. Tony m’a amené souper au restaurant et il m’a fait changer d’idée pour aller vers les Carabins », explique-t-il en riant.

Carabins de l’Université de Montréal
Les Carabins forment un programme très compétitif, où chaque joueur se bat pour son temps de jeu. Bouliane a découvert cette réalité très rapidement.
À sa première saison, en 2022, les blessures se sont accumulées en défense, et il a eu l’occasion d’obtenir un poste de partant plus tôt qu’espéré.
Il a disputé cinq rencontres, avant qu’une dislocation du coude ne vienne mettre un terme à sa saison. En 2023, il a entamé la campagne à s’attendant à retrouver son poste de partant, mais le coordonnateur défensif Denis Touchette voyait les choses différemment.
« Il m’a dit que je n’étais pas prêt, et je l’ai haï longtemps pour ça », a-t-il admis. « Je suis un petit gars têtu parfois. Mais, finalement, ça s’est avéré être la meilleure chose pour le long terme. J’étais derrière les meilleurs secondeurs au Canada; des gars comme Nicky Farinaccio et Harold Miessan. J’ai appris de ces gars-là, et ça m’a tellement aidé. En 2024, J’étais plus prêt. En 2025, encore plus. Je suis rendu un joueur beaucoup plus complet. »
Bouliane regrette sa période plus sombre en 2023, durant laquelle il était frustré et ne parlait pas beaucoup dans le vestiaire. Mais il est certain qu’elle a fait de lui une meilleure personne.
« Si je pouvais retourner en arrière, je serais tellement plus gentil, plus communicateur. C’est ça qui forge une équipe. Ce sont les joueurs; ce ne sont pas nécessairement les entraineurs ou le talent. L’an dernier, on a gagné la Coupe Vanier parce qu’on était un groupe de gars qui s’aimaient et qui voulaient avoir du plaisir ensemble. »
À l’approche du repêchage canadien de la LCF, qui se tiendra le 28 avril, Bouliane est d’avis que cette adversité l’a bien préparé à une possible carrière chez les professionnels, où rien n’est donné et où tout est toujours à prouver.
« Dans la LCF, tu n’auras pas ta chance dès le début. Mais si tu arrives avec une bonne attitude, que tu veux apprendre et que tu as de la volonté, tu vas réussir. »
Lorsqu’il revient sur sa relation avec Touchette au cours de la discussion, le ton jovial et blagueur de Bouliane devient plus sérieux.
« Je le vois presque comme une figure parentale. À la fin, je lui ai donné un câlin et il m’a dit ‘tu es un bon joueur de football’. Souvent, j’avais de la misère à me le dire moi-même. C’est grâce à lui que je suis passé d’un athlète à un joueur de football. »
« On a eu des frustrations; parfois il lance une chaise ou deux, mais c’est vraiment un bon entraineur », conclut-il en retrouvant son sourire en coin.
