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À une époque de racisme systémique, Bright se sentait accepté au Canada

Alors qu’il était âgé de 21 ans, Johhny Bright se trouvait sur le terrain de l’Université Oklahoma A&M, sur le point de laisser sa marque dans l’histoire. C’était le 20 octobre 1951 et Bright, qui évoluait pour les Bulldogs de l’Université Drake, était une exception à l’époque en tant que quart-arrière noir.

Ses années avec l’Université Drake n’ont pas été faciles, évoluant à une position de premier plan alors que les États-Unis venaient tout juste d’abroger, quelques années auparavant, les établissements d’enseignement public séparés. Des choses qui semblent si banales aujourd’hui, comme un séjour à l’hôtel, étaient loin d’être une formalité quand l’équipe jouait sur la route. Et on ne pouvait parfois pas toujours compter sur le plan B, soit celui d’utiliser les dortoirs de l’équipe locale.

Bright, un candidat au trophée Heisman cette année-là, est sauté sur le terrain, et l’histoire s’est ensuite écrite. Il a été visé dès le premier jeu du match, recevant un coup d’avant-bras au menton à la suite d’une remise. Son os de la mâchoire était fracturé, mais il est demeuré sur le terrain, décochant même une passe de touché lors de la présence suivante de l’attaque de son équipe sur le terrain. Le même joueur, le plaqueur défensif Wilbanks Smith, l’a frappé avec un autre coup vicieux. La journée de Bright était terminée, et sa mâchoire fermée.

L’horrible séquence a été captée par le quotidien Des Moines Register. Les photos ont remporté un prix Pulitzer.

« Je crois que mon père est sorti grandi de cette épreuve », a dit Kandis Bright d’Edmonton lors d’une entrevue téléphonique.

« Il était le genre d’individu qui n’allait laisser personne l’empêcher de se rendre là où il voulait aller. Il était comme ça à la maison, aussi. ‘’Je veux faire ceci, je veux le faire jusqu’au bout, et je veux voir ce qui va arriver.’’ »

Sa fracture de la mâchoire a essentiellement mis fin à sa carrière universitaire avec trois matchs à jouer. Mais Bright était loin d’en avoir fini avec le football. Les Eagles de Philadelphie l’ont sélectionné au cinquième rang du repêchage de la NFL en 1952, mais Bright a plutôt choisi de jouer au Canada.

Il a passé ses deux premières saisons avec Calgary, avant d’être échangé à Edmonton pendant la saison de 1954. Il a joué avec les Eskimos pendant 10 ans, évoluant en attaque et en défense avant de devenir un futur membre du Temple de la renommée du football canadien en tant que demi offensif. En 1959, Bright est devenu le premier Afro-Américain à mettre la main sur le titre de joueur par excellence de la LCF.

Au Canada et à Edmonton, particulièrement, Bright était accepté.

À la suite de sa carrière sur le terrain, Bright a choisi d’élever sa famille à Edmonton, et il a entrepris une carrière en enseignement avec l’Edmonton Public School Board. Bright a été entraîneur de football à l’école secondaire Bonnie Doon High School tout au long des années 1960. Jusqu’à son décès, en 1983, il était le directeur de l’école secondaire D.S. Mackenzie Junior High.

« Je me souviens qu’il disait que la NFL avait tenté de le convaincre de retourner jouer aux États-Unis, mais il avait répondu qu’il avait fait du Canada son chez-soi », a dit Kandis. « Quand ils ont tenté de le rapatrier, il y avait encore beaucoup de racisme au football aux États-Unis, et je crois qu’il ne voulait pas vraiment être mêlé à tout ça. Il était accepté, ici, au Canada, et il avait fait du Canada sa demeure. »

Kandis dit que son père ne parlait pas beaucoup des difficultés qu’il avait rencontrées pendant sa jeunesse aux États-Unis, et encore moins de ce qui allait devenir l’incident Johnny Bright. Bright est décédé en 1983, à la suite d’une complication lors d’une opération à un genou. L’Université Oklahoma A&M – aujourd’hui connue sous le nom d’Université Oklahoma State – s’est excusée à l’Université Drake, en 2006, pour tout ce que Bright a dû endurer. La même année, l’Université Drake a rénové son stade et a nommé son terrain en l’honneur de Bright.

« Ma sœur et moi sommes allées à l’Université Drake en 2006, et ils ont dédié le terrain de football à mon père », a dit Kandis. « C’est à ce moment que nous avons compris l’ampleur de tout ce qui s’était passé. Mon père n’en parlait jamais à la maison. C’était la toute première fois que l’on apprenait vraiment ce qui s’était passé. »

Ce voyage a permis aux sœurs de voir un côté de leur père qu’elles n’avaient jamais vu.

« Quoi dire? Vous… Je pense à mon père, et tout ce qu’il a enduré pour se rendre là où il s’est rendu », a dit Kandis. « J’ai simplement dit : ‘’C’est ainsi que notre père est devenu notre père’’. Il a encaissé, il a appris, et il s’en est servi. »

Ayant grandi à Edmonton, Kandis se souvient que son père appréciait la vie qu’il avait réussi à se bâtir au Canada. Elle se souvient de son sens de l’humour; parfois, alors qu’il était directeur à l’école secondaire, il la faisait venir dans son bureau pour simplement savoir si elle voulait dîner avec lui. Elle raconte une bonne histoire de son père qui, après avoir acheté un barbecue au propane et l’avoir mal assemblé, avait dû appeler les pompiers quand ce dernier avait explosé. Un vrai papa.

Après de nombreux honneurs, dont son intronisation au Temple de la renommée du football canadien (1970) et au Temple de la renommée du football universitaire américain, le retrait de son numéro par les Eskimos (1983) et la nomination du terrain de l’Université Drake en son honneur, Bright a reçu un hommage incroyable à son héritage. L’école Johnny Bright, une école de la maternelle à la 9e année du quartier Rutherford d’Edmonton, a ouvert ses portes en septembre 2010.

La chanson de l’école rend hommage à Bright ainsi qu’à sa vie et à son parcours au Canada et comprend les paroles : We can all become who we want to be (Nous pouvons tous devenir qui nous voulons devenir).

D’après un texte de Chris O’Leary publié sur le CFL.ca.